L’Odyssée d’une année (Face II : le versus d’un dialogue)
C’était une de ces soirées comme Dakar sait les offrir, entre la nuit étoilée et le vacarme de la ville. Là, sur un toit qui surplombait la presqu’île, un rendez-vous m’attendait, mais pas le genre idylle. Non cette fois, pas d’histoire d’amour édulcorée ou « under the mistletoe » comme disent les anglais. Navré de vous décevoir, pas de French-Kiss sous le gui. Désolé pour ce soir, mais les choses devaient être dites.

Seul en silence, sur le Phare, j’ai hissé mon corps. Une tentative d’illumination, une sorte d’introspection. Mais tout d’un coup l’air parut lourd et la mer devint sourde. Le calme apparent cachait un trouble sous-jacent, Un sixième sens, un murmure persistant : je n’étais plus seul, quelqu’un répondait présent. 2024 était là, vêtue de ses jours écoulés et de ses drames passés. Entre deux souffles saccadés, elle entama les hostilités : Le versus était lancé, entre l’Humain et l’Année. Elle commença sans détours, sur ces mots elle entama son discours :

« Je te mentirais si je te disais que j’étais désolé,
Encore moins, en ces instants, si j’ai coupé tes pensées.
Il s’en est passé des choses dans ta vie, cette année.
Mais il ne me reste plus assez de temps, alors il va falloir m’écouter
T’avais des rêves pleins les yeux,
Des promesses présomptueuses…
J’ai jeté un œil sur tes projets,
Et très naïve, j’te croyais prêt.
Prêt à semer, prêt à bâtir,
Prêt à porter ce monde en délire.
Mais j’ai vu tes doutes, tes combats perdus d’avance,
Des luttes de façade où tu jouais juste la résistance. »

L’HUMAIN
« Oh, arrête tes discours, toi l’Année déchue,
Tu parles d’échec, mais toi, qu’as-tu foutu ?
Des guerres, des famines, des catastrophes naturelles,
Tu m’as laissé seul face à tes tempêtes cruelles.
Tu veux me juger ? Regarde-toi d’abord,
T’as brûlé mes espoirs, écrasé mes efforts.
Je ne suis qu’un humain, un corps et une âme,
Et toi, t’es passée sur mon âme comme une lame. »

2024
« Une lame, peut-être, mais ta vérité, elle saigne,
Je suis un miroir, un tableau pour que tu te peignes
Je ne t’ai rien imposé, juste des jours et des heures,
Les choix, c’était toi, et toi seul, mon rêveur.
Gaza, sous les bombes, un cri étouffé
Mayotte, sous les décombres, tes secours noyés
Le Congo pleure. Dis-moi, qu’as-tu fait ?
Birmanie, Soudan, Ukraine, Haïti et j’en passe.
La situation au Sahel est devenue une impasse
Tu vois, je ne crée rien, je ne fais qu’accompagner,
C’est toi qui dessines, moi, je ne fais que passer. »

L’HUMAIN
« Passer dis-tu ?, passer… ? mais quel culot !
Tu laisses des ruines et tu parles de tableau ?
Tu crois que c’est facile de tenir debout
Quand chaque jour est une bataille rangée,
Quand les écrans hurlent et les cœurs sont sourds ?
J’ai couru après la paix… Mais la guerre m’a devancé.
Regarde-moi : je suis tombé, bien des fois,
Mais dans ma chute, j’ai porté les miens à chaque fois »
2024
« Tu joues bien ton rôle, d’innocent victime du monde.
Mais quand je t’ai offert des opportunités, Qu’as-tu fait bonhomme ?
Des ponts ? Non, des murs.
Des solutions ? Non, des excuses.
Toujours à pleurer sur ton sort,
À collectionner les “likes”
Au lieu de reconnaitre ton tort
Tu préfères mettre le Voile sur des Lives. »

L’HUMAIN
« Facile à dire, toi tu n’es qu’un calendrier,
Des numéros froids, sans cœur, sans âme, sans foyer.
Hégirien ou Grégorien, à vrai dire ça m’est égal,
Moi, je vis, je tombe, je saigne, c’est bien là mon mal.
Et le temps que je me relève, un nouveau drame est déjà en ligne »
2024
« Tu es bon pour les excuses, un vrai poète de l’alibi.
Tu penses que j’ai choisi les orages et les tsunamis
Les volcans de colère et les sécheresses d’âme ?
Sache que si je suis le bois, alors toi, tu es la flamme
Si je suis la toile, toi, le peintre en action.
Alors, silence les pleurs et cesse les lamentations,
Coupe le son des plaintes, et monte le volume de la Foi ! »
Le silence s’étire, lourd de vérités que je peine à admettre. Alors, je dépose mes armes :

« Tu as peut-être raison, je ne suis pas parfait,
Je tombe, je trébuche, mais je reste en effet.
Et si toi, tu pars avec tes vents et tes éclats,
Je resterai là, debout, avec ce qu’il restera. »
2024
« Alors écoute bien, humain aux ailes froissées,
Je n’étais pas venue pour te détruire, mais te façonner,
Pour te préparer aux lendemains.
2025 arrive, elle ne te doit rien,
Elle portera des graines, des champs ou des friches,
Ce sera ton choix, l’effort ou le caprice.

Moi, je m’en vais, mais retiens cette leçon :
L’année ne fait pas l’homme, c’est l’homme qui façonne ses saisons. »
L’HUMAIN
« Alors j’me tiendrai prêt, avec mes doutes en bouclier,
Avec mes rêves aiguisés, mon cœur délié.
Même un aigle blessé peut encore voler haut,
Et sous les cendres des jours, renaît toujours un nouveau flambeau. »
2024
« Bien. Fais-en quelque chose.
Ne laisse pas le passé t’enchaîner.
Sème des graines, pas des regrets…
Et quand 2025 te demandera des comptes,
Réponds avec des actes, pas des excuses. »
Je lève alors les yeux, et au-delà des montagnes d’immeubles, le décor du désastre ; du ciel étoilé, des nuages et des astres, j’aperçois une lueur. Une promesse, peut-être. Mais en tout cas, je me tiens prêt, mon cœur apaisé, mes rêves aiguisés.
